Biskra - Lac de l'ancien fort - Auguste MAURE 1880

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Origine de mes recherches


(récit de Gilles DUPONT - février 2016)

Marie-Louise Habert, ma mère, est née à Biskra en 1929. Elle est une "pied-noir" d'Algérie. C'est ainsi que l'on désigne les français de souche européenne installés en Afrique du Nord depuis plusieurs générations.

Mes parents se sont rencontrés à Biskra peu après la vague d'attentats de novembre 1954 qui a touché l'ensemble du territoire algérien, et plus particulièrement la région de Biskra.

Mon père m'a souvent raconté cette embuscade qui coûta la vie à un couple d'instituteurs dans les gorges de Tighanimine, près de Batna. Ce soulèvement marque le début de ce que l'on appelait alors "les évènements d'Algérie" qui reçurent, à la fin du XXe siècle, la dénomination définitive de  "Guerre d'Algérie" ou encore de "Révolution Algérienne". Cette guerre aboutira à la proclamation de l'Indépendance du territoire algérien le 5 juillet 1962. Comme la grande majorité des "pieds-noirs" d'Algérie, la totalité de mes ancêtres a quitté cette terre en 1962.

Etant né trois années plus tard, je n'ai personnellement jamais vécu en Algérie. Pourtant, la ville de Biskra m'a toujours été familière... Quatre générations de mes ancêtres y ont vécu. Durant toute ma jeunesse, mes parents m'ont raconté ses beautés, la douceur des périodes hivernales mais aussi les chaleurs intenses de ses étés. Ils ont passionnément aimé cette ville qui fut le théâtre de tant de joies mais aussi de peines qui ont profondément marqué ma famille. La sève sucrée de ses dattes a nourri ma mère, elle garde encore au plus profond d'elle les rayons généreux du soleil de Biskra...

Me voici, plus de cinquante années plus tard, avec l'envie d'en savoir plus sur mes ancêtres et sur Biskra. Sollicité par ma famille, j'ai entamé alors une banale recherche généalogique rendue largement facilitée par l'avènement de l'Internet.

Je collectais petit à petit des centaines de noms pour former un tout premier arbre généalogique, comportant déjà un grand nombre de branches et de feuilles. Au début, je ne mesurais pas tout à fait l’intérêt qu’il y avait de bâtir cet édifice. Jusqu’au jour où, parmi cette multitude de noms, je découvris un certain Auguste Maure et son fils Marius, exerçant tout deux le métier de photographe...

Je ne saurais dire aujourd’hui ce qui m’a encouragé à en savoir davantage sur ces hommes. Est-ce leur métier de photographe qui a excité ma curiosité, activité exercée par Auguste quelques dizaines d’années seulement après l’invention de la photographie ? Etait-ce plutôt l'envie de savoir pourquoi ces hommes étaient venus en Algérie et pourquoi à Biskra ?

Cette recherche s’est finalement transformée avec les années en un parcours historique et artistique à la découverte de mes ancêtres photographes, de leur œuvre et de Biskra, le lieu où ils ont exercé leur art pendant plus de sept décennies.

Ma mère est la seconde de la famille Habert comptant sept enfants : six filles et un garçon. Son père Octave Habert était charron forgeron installé à Biskra dans le quartier musulman de Si-Ferhat. Sa mère Jeanne était la fille d’un des photographes de la rue Berthe (1), Marius Maure, photographe de métier ayant succédé à son père Auguste à la direction du studio "Photographie Saharienne".

(1) Au début du XXe siècle, la rue Berthe était  l’artère principale du centre européen de la ville et comptait au moins trois studios photos : le studio Maure, le studio de M. Bougault associé à Mme Landron et celui de M. Richardet.


Je n’avais jamais vu le moindre cliché de ces ancêtres photographes, ma famille n'ayant conservé que de très rares portraits ou photos de famille datant pour les plus anciennes des années 1920. J'ai retrouvé l'essentiel de ces quelques photos chez ma tante, Mme Geneviève Houlès, la sœur aînée de ma mère.

Au travers de l'Amicale des anciens Biskris dont je me suis rapproché, j'ai fait connaissance de nombreux membres éloignés de ma famille, descendants comme moi d'Auguste Maure. Je pense en particulier à Nicole Peyrière (née Maure) qui m'a confié les toutes premières et très précieuses informations concernant ces ancêtres photographes. Je remercie Nicole de m'avoir permis de visualiser ces tout premiers clichés de Biskra dont certains dataient des années 1870. Je pense tout particulièrement à la photo du studio "Photographie Saharienne" qui jouxte le Café des Messageries et à cette grande photo de famille, prise en 1905, où figurent mes ancêtres photographes et Jeanne, ma grand mère, à peine âgée de cinq ans.

Studio Maure - circa 1880
Collection Nicole Peyrière (née Maure)
Famille Maure - 1905
"Auguste  Maure dans l'encadrement de la porte, son fils Marius à gauche avec une veste blanche"
Collection Nicole Peyrière (née Maure)

Que messieurs Paul Pizzaferri, Philippe Maïques et Lamine Abahri soient aussi chaleureusement remerciés pour avoir permis ces riches rencontres et ces premières trouvailles.

Le cahier de ma grand-mère...

Quelques mois après le début de mes recherches, mes parents me confièrent un petit cahier rédigé par ma grand-mère maternelle, Jeanne Habert en 1973. Elle y évoque très clairement certains souvenirs de jeunesse. Elle y décrit notamment avec détails une dizaine de photos qu'elle n'a plus jamais revues et évoque un guide de Biskra que son père Marius aurait écrit. Elle nous parle par exemple de ce lion que son père utilisait pour prendre les touristes en photo, façon "Tartarin de Tarascon". Elle décrit aussi cette photo des trois dromadaires de son père devant les arcades du marché. Ces trois animaux que son père aurait présentés à Vichy en 1931 lors d'une exposition coloniale. Elle décrit enfin ces photos d'Ouleds Nails très appréciées des touristes.

Je recherchais machinalement le nom de mes ancêtres sur Internet. Je m’aperçus alors qu’ils ne m’avaient pas attendu pour investir la toile: des centaines de cartes postales et de photos signées Maure s’échangeaient  dans ce monde virtuel !

Maure Phot., Cartes  postales - 1900-1910
Collection Gilles DUPONT
Il ne me fallut pas très longtemps pour retrouver les images puis les photos qui correspondaient aux descriptions de ma grand-mère. J'ai de plus, assez rapidement, retrouvé le fameux guide de Biskra rédigé par Marius MAURE. Toutes ces découvertes n'ont fait qu'accroître mon intérêt pour ces recherches...

Marius Maure : Lion de Biskra - c. 1900
Collection Gilles DUPONT
Touriste façon "Tartarin" - - c. 1900
Marius Maure :  "Dromadaires devant les arcades du marché" - c. 1900
Collection Gilles DUPONT

Marius Maure :  Ouleds Nails - c. 1900
Collection Gilles DUPONT
Marius Maure :  Guide de Biskra - c. 1900
Collection Gilles DUPONT

Ces recherches, que j'ai entamée il y a un peu plus de 10 ans, m'ont permis de mieux connaitre mes ancêtres photographes ainsi que l'histoire de Biskra, au travers la constitution d'une conséquente collection d'ouvrages et de clichés anciens.

Pendant plus de 70 ans, les photographies puis les cartes postales signées Maure ont représenté Biskra et ses environs, ses habitants, ses visiteurs, ses modes de vies, ses quartiers et ses magnifiques paysages.

Fondé dans les années 1860 par Auguste Maure, le studio «Photographie Saharienne» fut le premier studio de photographie installé à Biskra. Il a gagné sa réputation grâce aux cartes postales signées Maure dont l’affluence touristique de Biskra a largement contribué à diffuser. La conversion du studio dans l’édition de cartes postales s’est réalisée peu avant 1900, grâce à Marius Maure qui en fut le véritable artisan.

Auguste Maure est longtemps resté l’inconnu dont on repérait de temps en temps une photo sur les marchés de spécialistes. Il est demeuré dans l’ombre de son fils Marius au point où les historiens de la photo ont longtemps considéré Marius et Auguste comme une seule et même personne.

Je remercie mes interlocuteurs réguliers que sont Paul Pizzaferri, Michel Mégnin et Hélène Homps qui m'ont guidé et accompagné dans toutes ces recherches. Je remercie aussi M. Mohamed Balhi d'Alger,  avec qui j'ai longuement échangé et partagé sur l'histoire de Biskra.

Permettez moi de les présenter ci dessous :

Paul Pizzaferri est tout d'abord un amoureux de Biskra, sa ville natale. Il a très bien connu mes parents et en particulier toute la famille de ma mère. Paul est l'auteur d'une œuvre colossale sur Biskra en quatre tomes publiée en 2011 chez Gandini. (2)

(2) PIZZAFERRI Paul, "BISKRA - REINE DES ZIBAN ET DU SUD CONSTANTINOIS", Tome 1 à Tome 4, Edition Jacques GANDINI, 2011

Michel Mégnin, ancien lauréat du concours des Jeunes Historiens de France, est un collectionneur passionné et historien de la photographie orientaliste, grand spécialiste de l'œuvre du photographe Lehnert. Plusieurs travaux l'ont amené à s'intéresser de très prés à Biskra, au delà des magnifiques vues de Biskra réalisées par Lehnert, citons notamment l'excellent article que Michel publie dans la revue CPC sur "Gide à Biskra". (3) 

(3) MEGNIN Michel, "Gide à Biskra", Revue Cartes Postales et Collection n°230, Juillet-Août 2007

Hélène Homps est aussi une passionnée et une amoureuse inconditionnelle de l'art. Elle est conservatrice au musée de la Vallée de Barcelonnette consacré aux mobilités et migrations des Gens de la Vallée de l'Ubaye. Ce musée présente en particulier de magnifiques œuvres du couple Caire - Tonoir (4) dont la très renommée "femme de Biskra" (5). Barcelonnette est la ville où sont encrées les origines de la famille Maure. Nous avons avec Hélène un projet d'exposition de photographies du studio MAURE à Barcelonnette dont le musée a (aussi) entrepris la constitution d'une collection, une salle du musée étant désormais dédiée plus particulièrement à la photographie.

(4) HOMPS Hélène, "Jean Caire et Marie Tonoir - UNE COMMUNAUTÉ DE VIE ET DE PEINTURE", Edition musée de la Vallée, 2005
(5) https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie_Tonoir#/media/File:Tonoir_Femme_de_biskra.jpg

Mohamed Balhi, est un écrivain, reporter, sociologue algérien natif de Biskra. Mohamed a consacré à sa ville natale un bel ouvrage intitulé 'Biskra - miroir du désert" qu'il publie en 2011. (6)

(6) BALHI Mohamed, "Biskra - miroir du désert", Edition ANEP, Alger, 2011

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